Un nouvel outil thérapeutique :

La diète naturopathique aux plantes du terroir :

La diète, qui correspond à une abstention totale ou partielle d’aliments sur un temps donné, est une pratique de santé très ancienne dont on retrouve les recommandations non seulement dans l’Ancien Testament mais dans tous les livres sacrés des cinq grandes religions. Le carême et le ramadan en sont les exemples les plus connus. Le temps a donc consacré cette pratique comme étant d’une grande efficacité, non seulement sur le plan somatique, mais aussi sur le plan spirituel. On ne peut que regretter qu’elle soit si peu en vogue aujourd’hui et associée le plus souvent à des pratiques exotiques entourées de beaucoup de mystères.

Certes, les quatre membres de l’équipe d’encadrement de la diète dont il est fait état dans cet article ont tous pour point commun d’avoir fait plusieurs diètes naturopathiques dans un cadre chamanique péruvien. Néanmoins, nous avions tous la conviction qu’il serait possible d’obtenir des résultats équivalents avec les plantes du terroir et notre expérience l’a amplement démontré !
C’est ainsi que Frédéric et Virginie Bourgogne, naturopathes et fondateurs de l’école de naturopathie Naturilys, ont mis en place le protocole et l’organisation de cette diète. Dans cette équipe, j’étais le médecin et le psychothérapeute référent.

Les fondements de cette diète naturopathique :

La diète est la clé de voûte de tous les traitements des médecines traditionnelles d’Amérique du Sud. Elle est à la fois source d’apprentissage, d’enseignement et d’initiation. Elle se mène à l’aide de plantes sacrées, appelées aussi plantes maîtresses. On peut citer parmi elles : la Coca, l’Awar Panga et bien sûr le Tabac.

Dans la mesure où notre expérience commune au Pérou (principalement au centre de désintoxication pour toxicomanes de Takiwasi, dirigée par le Docteur Jacques Mabit) a été source d’inspiration pour mener à bien notre travail, il est utile de rappeler que, au sein d’une communauté traditionnelle, le chamane, est appelé le plus souvent guérisseur (ou « curandero » en Amérique latine, qui vient du verbe « curar » qui veut dire guérir). Il est celui qui est chargé de faire le lien entre les forces de la nature et les énergies ou les esprits qui, dans l’invisible, agissent sur cette nature. Sa formation est longue et très exigeante.

De moins en moins de jeunes acceptent de se soumettre à une vraie formation. Le postulant est tenu de faire de longues diètes, seul dans la forêt amazonienne, au point de pouvoir établir un dialogue extrêmement intime avec toutes les formes de vie qu’il rencontre, en particulier les plantes et les animaux. Il finit par être habité en profondeur par l’esprit de ces formes du vivant dont il peut alors partager le pouvoir guérissant avec les autres membres de sa communauté.
L’effet recherché est toujours de permettre à l’individu de retrouver un lien harmonieux avec la nature et avec sa propre nature, dans une célébration des énergies de l’invisible, pour mener à bien sa propre destinée.

Il faut savoir aussi que, dans la plupart des pays en voie de développement, les gens se soignent d’abord en allant voir le guérisseur et ce n’est que dans un second temps qu’ils se rendent éventuellement auprès d’un médecin.
Dans les pays développés, face à l’échec d’une médecine de plus en plus déshumanisée, beaucoup se tournent vers les naturopathes et éventuellement vers les guérisseurs.

Rappelons aussi que toute notre pharmacopée provient, à la base, des propriétés bienfaisantes des plantes qui étaient connues depuis fort longtemps par ces médecines traditionnelles (les digitaliques, les curares, l’aspirine, etc.). Ce n’est donc pas par hasard que certaines grosses compagnies de produits chimiques cherchent à poser des brevets sur quantité de plantes utilisées par les chamanes pour en tirer un maximum de profit, ce qui est proprement scandaleux !

Notre deuxième source d’inspiration est bien sûr le travail scientifique mené par de nombreux chercheurs autour des effets du jeûne et des diètes dans le cadre naturopathique de l’hygiénisme (Dr H.M. Shelton, S. Graham, I. Jennings, R.T. Trall, etc.).
La grande originalité de notre démarche a été d’utiliser les plantes de notre terroir, à savoir le romarin et en second lieu la verveine, qui seront distribuées sous forme de décoction à raison de 0,75 l. /personne/jour.

Protocole de la diète :

– L’accueil :

La durée de la diète est de 7 jours. Nous avons choisi un site à 1350 m d’altitude, sur une colline du Diois, loin de toute habitation, hormis la grange réhabilitée où nous pouvions préparer les décoctions de romarin et de verveine ainsi que la nourriture.
Arrivés en début d’après-midi, les participants ont été invités à planter leur tente sur le domaine, sachant que les tentes étaient éloignées les unes des autres d’une centaine de mètres.
Ensuite, les participants se sont retrouvés pour un briefing d’accueil concernant les consignes et le rituel de début de la diète.
En premier lieu, il a été demandé à chacun de prendre un demi-verre d’eau avec 10 gr. de chlorure de magnésium pour un premier nettoyage intestinal.

– Les consignes :

L’objectif était de se retrouver face à soi-même dans le silence et la solitude. Certes, il était possible d’aller faire sa toilette à la grange, mais, pour qu’il y ait le moins possible d’interférences énergétiques, il était demandé d’ignorer les autres participants lors d’un croisement, en ne leur adressant pas la parole et en les regardant pas.

Il a aussi été demandé de déposer « en consigne » tout moyen de communication avec l’extérieur : ordinateur, téléphone portable et autres tablettes (bien entendu les proches des diéteurs avaient notre numéro de téléphone et pouvaient nous joindre à tout moment en cas de besoin urgent). De même pour tous les objets contondants (couteaux, ciseaux, etc.) ainsi que les clés de voiture ou de domicile.

Ces consignes ont été acceptées de façon très diverse, allant de la grande réticence jusqu’à l’adhésion la plus enthousiaste : court-circuiter toute forme de distraction dans cette confrontation à soi-même a constitué une difficulté pour certains en début de diète, mais elles ont été plébiscitées par tous en fin de diète.
Il était bien sûr possible de trouver une inspiration dans des livres de philosophie, de spiritualité ou de poésie, mais très déconseillé de s’enfermer dans des lectures qui risqueraient de couper l’individu de lui-même.
En lien avec les précautions énergétiques préconisées par les chamanes, nous avons demandé à chacun de s’abstenir de toute activité sexuelle, même en solitaire.

Ces consignes ont toutes trait à la nécessité de protéger et de restaurer l’équilibre énergétique de la personne qui est une partie essentielle du processus de régénération que permet la diète.
Il a bien sûr été précisé qu’à n’importe quel moment du jour et de la nuit, il était possible de contacter l’un des membres de l’équipe, si besoin était.

Le suivi naturopathique conjoint au suivi psychothérapeutique a permis à chacun de donner du sens à tout ce qu’une telle situation pouvait faire émerger.

– Le rituel de début de diète :

Dans un premier temps, chacun a pu dire son prénom et ses motivations par rapport à la diète. Même s’il avait été demandé de ne pas communiquer entre eux durant le processus de diète, il a néanmoins été précisé que ce processus participait d’une dynamique énergétique au sein de laquelle chacun avait son importance. Il était donc crucial que nous démarrions cette diète tous ensemble pour la terminer tous ensemble… À la suite de quoi, nous avons fait un cercle énergétique en se tenant la main, puis une méditation, nous mettant en reliance avec les forces de l’invisible, chacun selon ses représentations et ses croyances.
Ce rituel, inspiré des pratiques chamaniques, a pour fonction de célébrer les forces de la terre et du ciel pour que les énergies des plantes permettent d’harmoniser au mieux la matière de notre corps avec les énergies de l’invisible.
C’est ainsi que peut se mettre en place une ouverture spirituelle favorable au processus d’intériorisation qui permettra à la plante de travailler sur les plus grandes profondeurs de l’être.

Chacun est allé ensuite regagner sa tente, sachant que la première journée de diète serait jeûnée et que, les autres jours, il n’y aurait qu’un seul repas végétarien léger, constitué principalement d’une céréale avec quelques légumes bio sans sel.
Chacun était informé qu’il aurait entre deux et quatre visites par jour d’un membre de l’équipe pour prendre soin de lui : accompagnement nutritionnel (les repas, l’eau), naturopathique (2 prises de plantes par jour et au besoin, olfactothérapie, aromathérapie, voire massage, en cas de douleur) et psychothérapique. Il ne devait donc pas s’éloigner de sa tente de plus d’une centaine de mètres pour rester à portée de voix.

Le processus de la diète :
Il peut s’évaluer principalement au regard de trois volets :
– Les effets de l’isolement et de l’immersion dans la nature.
– Les effets de la plante.
– Les effets du travail psychothérapeutique qui émergent des précédentes conditions.

Ce travail ouvre le monde des rêves pour chacun et permet de vivre des voyages intérieurs très riches en informations pour mieux se connaître soi-même. On peut donc dire que cette diète naturopathique au romarin et à la verveine a permis à nos participants de retrouver le chemin de leur vraie nature !

Les participants :

Dans la mesure où nous n’avions que 13 participants, il n’est pas possible de donner des résultats exhaustifs concernant ces trois volets, aussi, il me semble plus riche d’illustrer mon propos par quelques exemples :

Olivier (63 ans) : Ancien directeur commercial dans une très grosse entreprise d’ameublement, il est à la retraite depuis un an. Il présente un embonpoint important (au moins 110 kg). Il est jovial et de très bonne humeur jusqu’à ce qu’on lui présente les modalités de la diète. Il avait survolé la lecture des documents de présentation et a été très désagréablement surpris d’apprendre qu’il devait rester dans l’isolement, se contenter d’un périmètre restreint autour de sa tente et laisser son téléphone portable.
Dès le premier soir, pendant qu’il montait sa tente, il se déplaça une vertèbre et fut contraint au repos pendant au moins quatre jours.
Il a été très courroucé au départ par l’attitude nécessairement ferme de notre équipe, mais à partir du quatrième jour, il dialoguait avec les arbres et les oiseaux autour de sa tente et, voyant les résultats extraordinaires sur son système digestif et sa perte de poids, il est redevenu très agréable et très coopérant.
Lui qui, disait-il, ne se souvenait jamais de ses rêves, il s’est remis à se souvenir de ses rêves et l’avant-dernier jour il rêva qu’il achetait une magnifique ferme de plusieurs hectares pour faire de la culture de plantes et les mettre à la portée de tous. Il était ravi de cette vision onirique et nous a affirmé qu’il mettrait tout en œuvre pour qu’elle se réalise.
Dans le bilan final, il s’est dit ravi de cette diète, se sentant en pleine forme, avec un système digestif enfin apaisé (il n’avait pas faim alors qu’à l’habitude, il se présente comme un Gargantua qui adore la bonne chair) et une perte de poids de10 kg.
Derrière sa jovialité apparente, se cachait une dépression chronique quant à son avenir et la diète lui a permis de retrouver une harmonie avec la nature et avec lui-même. L’avenir était dorénavant plein de promesses !

Amandine (32 ans) : Personnalité effacée et extrêmement discrète, vivant sous l’emprise d’un ex-mari narcissique et pervers. Une prise en charge psychologique journalière lui a été nécessaire pour faire face à l’anxiété qui est remontée massivement.
Infirmière de formation, elle a parfaitement assumé le processus thérapeutique, et les plantes semblent avoir œuvré très largement dans le sens d’une nécessaire confrontation à elle-même et à la situation insensée qu’elle vivait au niveau de ses relations amoureuses. Le contexte de la solitude et la prise de plantes lui ont permis de prendre une juste distance par rapport à sa situation et de repartir avec une claire vision des décisions qu’elle avait à prendre pour retrouver un sentiment de paix et de sécurité intérieure.

Aurélie (42 ans) : Visiblement très déprimée, elle refuse tout contact dans un premier temps, ce qui nous plonge dans un profond embarras.
Ce n’est que le deuxième soir, après un long temps d’apprivoisement, qu’elle a pu commencer à se livrer en disant : « Je n’ai pas connu la joie depuis de nombreuses années. Dans de telles conditions, à quoi bon vivre ? ». Elle se vivait dans un tunnel très noir dont elle ne voyait pas le bout et, petit à petit, nous avons pu envisager quelques pistes pour en sortir. Elle a pu entrevoir qu’il existait aussi en elle un soleil intérieur qu’elle avait beaucoup de mal à faire briller sur le monde extérieur… Dès le lendemain, elle était mieux et peu à peu elle a arboré un magnifique sourire.
Elle a affirmé son très grand contentement par rapport au processus de la diète.
Elle avait retrouvé la joie !
Pour notre part, nous avons pu constater une véritable résurrection.

Gabriel (25 ans) : Plutôt efféminé et très peu sûr de lui, ce jeune homme ne parle dans sa présentation que de son incapacité à prendre des décisions et à les tenir concernant son avenir. Il donne l’impression d’un adolescent aux cheveux longs, extrêmement rêveur et plutôt replié sur lui-même… Un ange qui survolerait la réalité plutôt que de la vivre !
Nous aurons plusieurs entretiens concernant son identité, la nécessité d’une loi pour contenir les pulsions et advenir à un masculin et à une verticalité Yang… Il confectionnera au fil des jours un magnifique mandala fait de pierres, de pommes de pins et de lichens.
À l’évidence, le romarin lui a fait un effet extrêmement positif, ce qu’il n’a pas manqué de faire valoir lors du débriefing final. Il a même pu nous annoncer : j’ai décidé de faire une formation d’architecte !
Il parle lui aussi d’une véritable résurrection.

Noémie : Éducatrice spécialisée dans la prise en charge d’enfants autistes, elle est très investie dans ce travail difficile et dépense son énergie au service des autres sans jamais prendre soin d’elle…
Elle a beaucoup de mal à se séparer de tout ce qui fait lien pour elle, même si le lien est vécu comme toxique. Rapidement, ses rêves ont permis de mettre en évidence la nécessité pour elle de prendre soin de son enfant intérieur, profondément blessé au sein d’une généalogie qu’il serait bon de « nettoyer »…
Nos entretiens, autant que les plantes, ont beaucoup participé à sa verticalisation progressive au long de la diète.
Elle est repartie, une larme à l’œil de devoir nous quitter, mais avec de fermes résolutions de ne plus jouer les « bonnes poires ».

Anne-Marie : Elle nous a fait craindre le pire dans sa présentation (plusieurs hospitalisations psychiatriques avec prise de médicaments, épisodes dépressifs récurrents, insomnies très anciennes et de multiples plaintes d’ordre psychosomatiques).
S’il est vrai qu’elle a vécu une enfance très douloureuse avec une mère hyper possessive et rejetante, elle a néanmoins fait un parcours psychothérapeutique et spirituel important dont il est difficile pour elle de reconnaître les bienfaits.
Ses rêves ont mis le doigt sur ses points de fragilité à travailler et, comme par miracle, la plupart de ses symptômes se sont peu à peu amendés. Se sentant en sécurité, malgré le contexte pourtant rustique de son hébergement, elle a retrouvé en partie le sommeil et a pu reconnaître qu’elle avait des ressources et une pugnacité pour lui permettre de s’en sortir.
Là encore, il me semble que le romarin beaucoup aidé dans son processus de verticalisation et elle est repartie ravie de sa diète, affirmant qu’elle avait été beaucoup plus fructueuse que toutes les hospitalisations vécues précédemment.

Valérie : Dotée d’une très grande sensibilité et de beaucoup d’intuition, elle est allée voir dans différentes traditions ésotériques et spirituelles, mais se sent dans une grande confusion car beaucoup trop coupée de son appartenance à la terre mère et d’une référence spirituelle cohérente et stable. Là encore, le travail du rêve a été extrêmement fécond et productif. Elle a par ailleurs construit un magnifique mobile tout près de sa tente. Elle a elle aussi largement profité des plantes pour se ré ancrer et se retrouver dans une beaucoup plus grande présence au monde et à son entourage.
Elle s’est déclarée extrêmement contente de sa diète et du travail d’équipe que nous avons pu mener auprès d’elle.

Estelle : C’est probablement la personne dont la métamorphose a été la plus spectaculaire au terme de la diète. La tête dans les étoiles et les pieds pas bien ancrés dans la terre, elle nous annonce qu’elle ne se souvenait jamais de ses rêves. Dès le lendemain, elle m’a raconté son premier rêve et le dernier jour, elle en avait six à me raconter… Certes le lien psychothérapeutique peut aider dans ce sens, mais je suis persuadé que les plantes y ont largement contribué.
Bien d’autres rêves ont été très évocateurs de sa personnalité et en quelques jours, elle a fait des progrès énormes dans la connaissance d’elle-même.
Elle est partie le cœur en fête, totalement ravie de sa diète et totalement changée dans sa façon de se présenter au monde et d’y affirmer sa place. Elle a parlé d’une véritable renaissance !

En conclusion :

Ces quelques exemples laissent transparaître l’enthousiasme qui a prévalu lors des « feed back » de fin de séminaire.
Il est évident que la verveine mais surtout le romarin ont été d’une efficacité remarquable. Nos constatations sur l’ensemble des participants nous amènent à penser que le romarin est une plante qui agit au niveau digestif (Foie, VB, intestins), mais aussi qui structure, verticalise, ouvre au monde des rêves et permet de retrouver un axe juste.
L’ouverture sur le monde spirituel nous a paru aussi être une constante tout à fait remarquable.
La plupart des participants ont perdu leurs kilos superflus et aucun ne s’est plaint de sensations de faim.
L’immersion dans la nature a été saluée comme très bienfaisante par tous.
On peut donc conclure qu’il n’est point besoin d’aller à l’autre bout du monde et de prendre des plantes qui nous sont étrangères, avec des effets parfois psychodysleptiques (visions, voyages dans « l’ailleurs » etc.), pour obtenir d’extraordinaires bénéfices, tant sur le plan somatique que psychologique.

Docteur Pierre CORET
Psychiatre homéopathe
Psychanalyste intégratif
Formateur

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